Deux vidéos et un article (Bye-bye école du 17e siècle !) constituent les sources d’inspiration pour mon billet ce dimanche.
Tout d’abord une vidéo pour laquelle j’ai, pour chaque point, essayé de trouver une explication théorique :
Les 7 points cités pour favoriser la réussite sont souvent l’inverse de ce qui se fait dans notre système scolaire. (on peut ne pas être d’accord avec l’un ou l’autre point. Exemple, je trouve que les compliments sont essentiels. D’ailleurs la justification donnée dans la vidéo est loin d’être limpide
)
1. Le perfectionnisme
Le droit à l’erreur existe peu. C’est tellement ancré dans les mentalités que l’erreur engendre les moqueries et les sarcasmes. Pourtant comme vous le savez tous l’erreur est humaine
. Elle peut même faire partie du processus pédagogique lorsque l’on procède par essais / erreurs pour apprendre. L’objectif à atteindre n’est pas la disparition des erreurs mais de réduire leur nombre au maximum. Prenez le N°1 mondial de tennis, il fait aussi des erreurs… simplement il en commet moins que ses adversaires.
L’objectif de minimiser le nombre d’erreurs que l’on commet n’a du sens que si l’on se compare à soi-même. La démarche habituelle est de se comparer ou de subir la comparaison vis à vis de ses pairs. Il serait plus positif et porteur de se comparer à soi-même et de suivre ce principe : aujourd’hui être meilleur qu’hier et que, demain, l’on devienne meilleur qu’aujourd’hui.
2. Le pessimisme
Ahhla confiance… c’est un élément essentiel pour que l’apprenant ose s’engager dans une activité d’apprentissage. Malheureusement le discours de certains professeurs ou enseignants a parfois des conséquences opposées au renforcement de la confiance en lui que peut avoir l’apprenant. Ce point #2 rejoint d’ailleurs le 4 puisque l’image que l’on a de l’apprenant est importante vis à vis de l’image qu’il peut avoir de lui-même.
Bandura a bien résumé ce point par sa phrase : « Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas mais c’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile ».
Roland Viau dans son ouvrage sur la motivation en contexte scolaire insiste sur la perception qu’a l’apprenant de sa capacité à effectuer la tâche demandée.
Croyez en vos étudiants et ils croiront en eux-mêmes !!!
3. L’exagération des obstacles
Je trouve que ce point #3 est directement lié au #2.
4. Etiquetter les choses et les gens
A mettre en relation avec ce qui a été défini comme étant l’effet Pygmalion : L‘effet Pygmalion décrit la capacité des attentes sociales à créer la réalité sociale (je vous conseille vivement de consulter ce lien). La théorie de l’étiquetage a été mise en évidence par Rosenthal et Jacobson.
Souvent, les enseignants ont des attentes pour chacun de leurs apprenants. ces attentes ne sont pas identiques et se fondent sur des éléments subjectifs. Ce faisant ils vont adopter des attitudes différentes et qui vont être perçues par les élèves.
Extrait de l’article cité en lien : » Le mécanisme structurant est simple : traitement différencié -> ressenti de dévalorisation -> perte de confiance en soi -> échecs -> amplification des projections et attentes négatives du maître -> réactions négatives et dévalorisation de soi accrues de l’élève -> … etc. A contrario, si l’image projetée est positive, l’anticipation va, inconsciemment, provoquer une modification de comportement « enrichissante », afin que l’événement attendu (la réussite) se réalise. »
5. Refuser les compliments reçus ou donnés
Ici, je marque mon désaccord. Les compliments (selon moi des encouragements) sont indissociables du processus d’apprentissage. Les apprenants sont avides de feed back. Il faut leur en fournir autant que possible. Le point que je mettrais en évidence est que les compliments doivent être fondés. De même, la critique se doit d’être constructive et pour en revenir au #1, l’erreur ne doit pas être stigmatisée.
Dans notre société, on entend souvent des critiques mais rarement des compliments… c’est dommage.
6. Négliger ou ignorer ses points forts
Difficile de trouver un équilibre (pour moi en tout cas) entre deux aspects :
- être modeste parce que l’on est conscient que pour se rapprocher de la perfection, il faut sans arrêt se remettre en question.
- dire que l’on est un des (si ce n’est LE) meilleur(s) pour accomplir une tâche.
Pour trancher de dilemme, il convient de savoir si l’on s’évalue par rapport à soi ou par rapport aux autres. Dans une démarche de personal branding ou de recrutement, il y a lieu d’éviter d’être (trop) modeste. On est jugé parmi tous les autres candidats ou parmi les autres spécialistes dans notre branche. Si l’on est meilleur que les autres, il faut le faire savoir ou le démontrer. Tandis que dans une démarche d’accomplissement personnel, il convient de toujours vouloir s’améliorer.
7. Ne pas estimer correctement les prises de risque
HK dit : « ne pas aller au-delà du raisonnable mais se mettre en danger ». Pour moi apprendre, c’est se mettre en danger. Prenons une analogie, une des premières choses qu’apprend un enfant est la marche. Par rapport à la station debout, l’enfant doit accepter de se mettre en déséquilibre. Et c’est lorsqu’il parvient à maîtriser celui-ci qu’il réussi à marcher. Un exemple plus récent pour moi est l’apprentissage du snow board. Le réflexe est de refuser la pente. Pourtant pour virer correctement il faut accepter celle-ci, il convient de l’accepter et donc de se mettre en danger.
Quand HK dit rester dans les limites du raisonnable, on rejoint le concept de zone proximale de développement issue des écrits de Lev Vygotski. Selon wikipédia c’est : » La zone proximale de développement est « la distance entre le niveau de développement actuel, tel qu’on peut le déterminer à travers la façon dont l’enfant résout les problèmes seul et le niveau de développement potentiel, tel qu’on peut le déterminer à travers la façon dont l’enfant résout les problèmes lorsqu’il est assisté d’un adulte ou collabore avec d’autres enfants plus avancés ». C’est la distance entre ce que l’enfant peut effectuer ou apprendre seul et ce qu’il peut apprendre uniquement avec l’aide d’un plus expert. »
IRL (in real life) que se passe-t-il ?
Dans les formations pédagogiques suivies et SURTOUT lors de stages effectués, je suis souvent resté sur ma faim (même si certains cours étaient réellement de qualité). En effet, je trouve que, si des études universitaires ont été menées et si les sciences de l’éducation se sont développées, l’école a finalement peu varié depuis que je l’ai quittée.
A ce titre, je ne puis qu’acquiescer à l’article de l’actualité.com et surtout à la question posée dans son introduction :
« Quand un ordinateur, un téléphone cellulaire ou la technologie Wi-Fi du café du coin offrent plus d’occasions que l’école d’accéder au savoir, pourquoi traîner assis à un pupitre éraflé dans une classe sans fenêtres ? »
Les démarches pédagogiques, malgré les avancées théoriques, restent très souvent traditionnelles. A mon niveau, j’essaie de mettre en place des processus. La finalité que je recherche est l’utilité de l’apprentissage pour les étudiants et de les placer dans une optique à moyen terme. Mais cela exige de prendre des risques et aussi de commettre certaines erreurs (retour au #1 et #7 de la vidéo). Lorsque je m’en aperçois, je rectifie pour parfaire mon dispositif mais c’est très complexe.
Le moins risqué pour un prof est d’éviter les questions. Plusieurs stratégies existent pour arriver à cette fin : cours totalement incompréhensible (les élèves craignent de passer pour des idiots s’ils posent une question et puis que demander ? ; cours uniquement théoriques (rien à comprendre mais beaucoup à étudier) ; cours trop facile pour le niveau ; … J’ai connu et je vois au travers d’autres personnes que ces pratiques existent encore. Il m’est parfois arrivé d’y avoir recours (par manque de connaissance du sujet (allez donner un cours de déontologie à des futurs éducateurs
) ou suite à des délais trop courts et donc manque de temps de préparation). Et bien dans ces situations peu risquées, je peux vous dire que les élèves/étudiants s’ennuient et moi aussi. Cela n’a rien de formateur.
Concernant cette notion de prise de risque, je voudrais vous soumettre cette vidéo. Qui ne voudrait pas avoir cours avec cette dame ? Comme chacun, j’ai des représentations de l’enseignant idéal et elle s’en rapproche beaucoup (c’est en tout cas l’impression qu’elle me donne). En faisant faire cette activité à ses apprenants, elle prend des risques et elle leur en fait prendre mais aucun cours traditionnel ne pourrait remplacer l’expérience qu’elle a mené.
Conclusions
Favoriser la prise de risque et en prendre soi-même est nécessaire à l’apprentissage. En parallèle, il faut accepter l’erreur.
Ce qui est intolérable, c’est le renoncement. A ce propos, j’ai lu cette semaine un phrase fétiche de Lance Armstrong, inspirez vous en : « Pain is temporary, quitting lasts forever« .
Etudiants suivez ce principe et votre opiniâtreté débouchera certainement sur la réussite.
source vidéo 2 (un tweet mais pas noté l’auteur, sorry) http://ecorner.stanford.edu/authorMaterialInfo.html?mid=2268







Je suis la preuve vivante du #1 !!! L’erreur est humaine et c’est en se trompant qu’on apprend !
Je trouve votre article intéressant et en même temps, il y a un malaise quand on le lit en tant qu’étudiant vis-à-vis du prof…
Les démarches perso et les critiques constructives c’est rare dans les écoles mais il y en a, je l’ai vécu à l’ISE notamment et cela m’a aidé.
merci pour ton commentaire Coralie.
Moi aussi j’apprend avec les critiques constructives, c’est toujours utile d’avoir ton avis
Peux-tu m’expliquer ce que tu veux dire par malaise ?
Par malaise, j’entends que quelque part, c’est aussi un peu de la faute des étudiants si les profs se remettent en question (ou pas, ça dépend).
Je trouve que, par rapport, à certains étudiants, vous (les profs en général) faites souvent un pas ou prennez une initiative qui est mal vu par les étudiants et cela engendre des problèmes et des conneries en tout genre pcq il y a pas de compréhension d’aucun côté ! Et on stagne !
Le malaise se ressent pcq vous l’avez vécu et j’étais là quand l’année passée vous avez dit au cours de distri « j’arrête pcq ça m’énerve et ça vous énerve » voilà le malaise.
C’est une belle démarche cognitive dont vous nous faites part là, on peut mieux comprendre vos motivations à agir comme vous le faites.
Pour moi, c’est que du positif même si un peu de théorie ne nous ferait pas de tort pcq dès fois je suis un peu stretch car je sais pas par où commencer mes analyses mais bon.
Vous savez bien « la fleur rouge » c’est partout pareil et si on dessinait une bleu… on se retrouve au pms de l’école.
Continuez à nous donner l’envie de nous faire dessiner des fleurs de toutes les couleurs.
Merci pour ton retour Coralie.
J’en tiendrai évidemment compte